[Interview] Christophe Bec : sur tous les fronts de la BD

Auteur et dessinateur de bande-dessinée établi dans notre belle région, Christophe Bec a vu depuis bien longtemps sa popularité dépasser les frontières du département. Aujourd’hui incontournable, son nom est associé à quelques-uns des best-sellers de la BD. Dessinateur de Zéro absolu ou encore de Prométhée, il a aussi notamment écrit Olympus Mons, dont Millénaires, le quatrième tome, vient tout juste de sortir (avec Stefano Raffaele au dessin). Mais Christophe Bec, c’est aussi la série Bikini Atoll (avec Bernard Khattou au crayon), dont le deuxième opus vient d’atterrir dans les rayonnages. Un comic book qui a nous a fourni un prétexte supplémentaire pour aller à sa rencontre…

Comment est née l’idée de Bikini Atoll ?

Une suggestion de mon éditeur chez Glénat, Philippe Hauri, lorsqu’il a lancé la collection Flesh&Bones et a proposé de faire une histoire dans le cadre de l’atoll de Bikini, là où avaient eu lieu les premiers essais atomiques américains. Je me suis documenté d’abord, avant de m’y lancer. Puis j’ai trouvé que c’était un bon cadre pour un récit d’horreur.

Peux-tu nous teaser le deuxième volet ?

Encore plus sea, sex and gore que le premier. Blague à part, le tome 1 était un « slasher », ici le genre est un peu différent, on se rapprochera plus du « torture movie ». Ce qui m’importe, malgré un genre codifié, c’est de mettre du fond dans mes histoires, ici en l’occurrence, le sort réservé aux Bikiniens. Le tome 1 évoquait l’exposition aux radiations des autochtones, le tome 2 lui, se centre sur les promesses non tenues d’indemnisation des victimes par le gouvernement des USA.

Comment décrirais-tu ta collaboration avec Bernard Khattou, qui a dessiné la BD ?

Bernard est un excellent narrateur en bande dessinée. C’est donc très facile, il exécute tout ce que je lui demande ! Plus sérieusement, il amène parfois dans des détails des choses qui sonnent vrai. Car même dans un récit aussi invraisemblable, il est important de rester crédible.

Que signifie être auteur/dessinateur de BD aujourd’hui en France ? Comment se porte le métier de ton point de vue ?

La profession est menacée. D’ailleurs on sait de moins en moins ce que cela signifie. On n’a pas de vrai statut, pas de chômage, pas de congés payés, retraite minimale… Par contre quand il s’agit de nous taxer depuis 2 ou 3 ans avec des réformes passées au bulldozer, là on ne nous oublie pas. Les États Généraux de la BD ont révélé que la majorité des auteurs sont en dessous du SMIC ou du seuil de pauvreté. Je fais partie des privilégiés, j’ai beaucoup de séries qui marchent bien à mon actif, mais la situation se dégrade de plus en plus. Les prix de page et les pourcentages stagnent, alors que le reste des acteurs du métier s’engraissent, hormis les libraires spécialisés pour qui c’est dur.

De quels travaux es-tu à ce jour le plus fier ?

Difficile à dire. Les deux séries qui se détachent pour moi sont Pandémonium et Royal Aubrac, mais de longues séries comptent beaucoup pour moi, comme Prométhée, Carthago ou Olympus Mons. Certains one-shot aussi, tels Wadlow ou Placerville. C’est difficile de s’auto-juger. Le temps joue, certaines séries restent dans l’esprit des lecteurs, d’autres s’effacent.

Ta plus grande frustration en tant qu’artiste ?

Ne pas pouvoir dessiner plus. Le scénario m’accapare trop. C’était un choix de carrière, je l’assume. Mais parfois l’envie de dessiner monte fort, alors dans ces moments-là, je ressors les feuilles et les crayons pour quelques jours ou semaines. Quand je suis rassasié, je me remets devant l’ordinateur pour écrire.

Quelques sont tes projets ? Un troisième tome de Bikini Atoll ?

Peut-être, c’est en discussion avec l’éditeur… Mes projets sont d’avant tout finir aussi bien que possible mes longues séries. Développer de nouveaux récits, différents. Dessiner de temps en temps. Côté audiovisuel des choses frissonnent, on verra…

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