[Interview] Pierre Druilhe

En tête de gondole dans les librairies avec la sortie de Vive les Décroissants, sa nouvelle bande-dessinée qu’il a réalisée avec Domi, Pierre Druilhe est un artiste phare du neuvième art. Fort d’une œuvre aussi foisonnante que passionnante, il présente également l’énorme qualité de résider à Albi. L’occasion pour nous de lui poser quelques questions…

Et si on commençait par la fin ? Vous êtes en ce moment en pleine promo mais avez-vous déjà des projets pour la suite ?

Je vais essayer de travailler sur la suite de  Welcome to America, une bédé autobio sortie en 2008 chez Ego comme X. Mais comme cet éditeur a arrêté, il va falloir non seulement que j’avance sur le projet (à ce jour 23 pages sont terminées) mais que je trouve aussi un nouvel éditeur. Si Ego n’avait pas planté, j’aurais probablement sorti ce projet avant Vive les Décroissants.

Au fait, c’est quoi un décroissant ?

Arf ! Et bien c’est quelqu’un qui en a marre de se faire enfumer par des incantations magiques à base de « croissance…croissance et re-croissance », comme si ce mot pouvait résoudre tous les problèmes ( pollution, gaspillage, dérèglement climatique, inégalités sociales) qu’une société capitaliste et ultra techniciste a contribué à créer. Un enfant de 5 ans peut comprendre qu’une croissance illimitée dans un monde aux ressources limitées est impossible. Qu’est ce qui se passe quand un système atteint une certaine limite? Le système s’effondre ou explose. Les décroissants pensent qu’il serait plus intelligent de choisir la décroissance des abus de toutes sortes que de subir un effondrement de société, avec tout son corollaire d’horreur. Ceci dit, il serait tout aussi stupide de prôner une décroissance illimitée qu’une croissance illimitée. C’est avant tout un problème d’équilibre, mon cher Watson.

Vous êtes davantage Crumb ou Uderzo ?

Les deux mon capitaine. J’ai lu tous les Astérix des dizaines de fois quand j’étais gamin (jusqu’au Grand Fossé…après c’est nul) et j’ai toujours été fan. Pour Crumb, c’est plutôt son côté « liberté totale » qui m’intéresse. Par contre, étant nul en anglais et n’ayant pas eu accès à Actuel – qui traduisait Crumb en français dans les années 1970, je l’ai découvert assez tard, quand il faisait déjà partie de « l’histoire de la Bande-Dessinée ». Les thèmes qu’il aborde font donc eux aussi partie de l’histoire de la société américaine – qui n’est pas tout à fait la nôtre.

Vive les Décroissants montre du doigt les dérives de la société de consommation, mais aussi celles des critiques de cette même société. Pouvez-vous nous en dire plus sur la « morale » du recueil ?

Quand on prend conscience que notre mode de vie nous mène droit dans le mur, que peut-on faire ? On fait ce qu’on peut, et surtout, on constate que même avec la meilleure volonté du monde, chacun est empêtré dans ses contradictions et qu’il n’existe pas de manuel à suivre à la lettre pour changer de cap. Si aller dans un sens nous mène dans un mur, est-ce que faire l’exact opposé nous sortirait de l’ornière? Pas sûr. On essaye donc de prendre un peu de recul et de s’amuser des « plus décroissant que moi, tu meurs !».

Peut-on vous qualifier d’auteur politique et engagé ?

Je ne sais pas. Il faudrait définir ces deux mots. Je les ai tellement entendus à toutes les sauces que je ne sais que vous répondre, cher ami.

Quel conseil pourriez-vous donner à nos jeunes lecteurs qui aimeraient devenir dessinateur de BD ?

Travaille. Monte des projets. Rencontre d’autres dessinateurs, et des éditeurs. Monte des fanzines, des expos, des assos et des revues, et tu verras bien s’il se passe quelque chose.

D’un Aveyronnais à un autre : à quand le grand roman graphique que le département mérite ? Une sorte de Welcome To America à l’aveyronnaise ?

Quoi ? Toi aussi tu es aveyronnais ? Incroyable. Ils sont partout ! Sinon, un Welcome à Decaze, Rodez, Villeuf ? Bon. Je vais y réfléchir et je m’y mettrai sans doute un peu plus tard….à la retraite par exemple ? Ou après.

Ça fait quoi de faire de la bande-dessinée aujourd’hui à Albi ?

Bah …ça fait que les loyers pour vivre sont corrects par rapport à Toulouse. Par contre les loyers pour avoir un atelier (je partage un atelier avec Christophe Bec et Bernard Khattou), ça pourrait être mieux – on a peut-être aussi du mal à recruter d’autres dessinateurs.

Quand vous avez débuté, quelles étaient vos influences ? Ont-elles changé par la suite ? Quel regard portez-vous sur la scène BD française d’aujourd’hui ?

Les influences ? Houlala, ça fait trop longtemps, je ne m’en souviens plus…ha ha ha. En fait, je ne sais pas trop. Sans doute ce que je lisais quand j’étais gamin (Fripounet, Pif, Mickey, Strange, les petit formats Aredit, Télé junior, etc.). Et après, en faisant des fanzines, on s’auto-influence entre dessinateurs d’une même génération. La bédé en France aujourd’hui, et ben c’est beaucoup, beaucoup de dessinateurs, plein de petits éditeurs, des trucs bien ou des trucs pourris, aussi bien chez les petits que les gros éditeurs. C’est donc impossible à suivre… Je découvre souvent des albums intéressants avec des années de retard.

Vive les Décroissants est disponible à la vente aux éditions L’Échappée dans toutes les bonnes librairies.

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