[Interview] STRANGE ENQUETE

Originaire de Mazamet, le duo Strange Enquête fait figure d’incontournable dans le paysage musical tarnais. Un groupe qui a su se faire un nom en dehors des frontières du département et de la région, qui sort son nouvel album. Un disque à bien des niveaux fascinants, qui nous a donné envie de poser quelques questions à Jérôme Pinel, le chanteur et parolier du tandem…

Comment définissez-vous votre musique ?

Nous faisons de la chanson à texte parlé.

Quelles sont vos inspirations ?

Pour ce qui est des textes, l’inspiration provient d’abord d’un mélange entre une chanson française très écrite et du hip-hop auquel se rajoute des pointes de blues et de rock. Pour ce qui est de la musique, on peut rajouter en plus du coté chanson et hip-hop, une touche un peu plus jazz et musique du monde.

Les choses qui vont ont poussé à créer Strange Enquête ?

Strange Enquête est né en 2010. Il s’agissait alors de mettre en musique des textes qui existaient déjà en a cappella (dans des soirées slam poésie). C’étaient essentiellement des narrations. Et le projet hip-hop (JNMC) dans lequel je jouais alors ne convenait pas pour ces ambiances-là. Je suis donc allé trouver Manu Mouret, et sa contrebasse. Depuis, le travail des compositions, notamment pour les titres de ce dernier disque, est fait de manière plus étroite. Cela donne un coté plus proche de la chanson et un peu moins « texte en musique ». C’est un choix volontaire.

Les compositions de votre nouvel album enfoncent le clou d’une verve en forme de critique virulente de la société moderne pleine d’ironie. Pouvez-vous nous parler de la façon dont vous écrivez vos textes ?

Les textes de Strange Enquête sont écrits à partir de ce que je croise dans ma vie quotidienne. Que ce soit des histoires, des portraits, ou des situations, l’idée est de raconter le monde par le détail ou l’anecdote. C’est donc toujours tiré de faits réels.

Mettre son sac à l’arrière… Pourquoi ce titre ?

En 2013, nous avons eu plusieurs prix avec notre premier album et premier répertoire, et nous avons donc eu la possibilité de jouer dans toute la France et même ailleurs dans les années qui ont suivi. Hors, jouer de la contrebasse induit principalement des déplacements en voiture. Les titres de ce disque ont été écrits sur la route ou entre deux voyages. C’est pour cela que l’on commence l’album au matin avec quelqu’un qui monte dans sa voiture, et que l’on termine de nuit avec quelqu’un qui rentre chez lui. Ce qui partent souvent en déplacement savent que l’on emporte un peu de sa maison avec soi. D’où le titre.

Dans quelle mesure votre ville natale et plus globalement la région, influence-t-elle votre création ?

Comme dit précédemment, les textes proviennent de ce qui se passe autour de nous, alors comme je suis quand même souvent chez moi, ce sont les histoires ou les portraits tirés d’ici qui dominent. Un titre comme Sortir d’une ville, est une description de Mazamet. Certaines histoires proviennent de plus loin parce que le hasard nous les a amenées comme ça et que nous nous déplaçons beaucoup, mais quand même, l’inspiration commence sur mon perron. Par ailleurs, nous travaillons beaucoup en local. Pour le studio, les répétitions, l’administratif, les graphismes, l’ensemble de situe entre Mazamet, Toulouse et Montauban.

La plupart des morceaux se composent d’une voix et d’une ligne de contrebasse, mais parfois des percus ou d’autres instruments, discrets, s’invitent à la fête. Qu’est-ce qui définit la structure d’un morceau ? Son caractère plus dépouillé ou plus dense ?

Il convient de préciser que tout ce que vous entendez dans l’album sort de la contrebasse de Manu. Les percus sont jouées sur la contrebasse. Ce qui peut ressembler à une guitare, est un jeu au médiator toujours sur la contrebasse, passé dans un ampli guitare. Fidèle à ce qu’il fait sur scène, Manu a fait un gros travail d’exploration sonore. La structure du morceau est définie par le propos que nous voulons y tenir. Théoriquement, je pense que la trame d’un titre peut tenir à peu de choses (à peu de sons). Ensuite, il faut choisir selon le propos, si l’on rajoute des arrangements pour donner des couleurs sonores adéquates.

Comment s’est passé l’enregistrement de l’album ?

Beaucoup des titres existaient déjà Après maquettage, Manu a beaucoup travaillé chez lui pour obtenir le son électrique sur lequel nous sommes tombés d’accord. Les prises de voix ont été faites ensuite à Montauban.(Studio Loud Prod). Nous y sommes revenus pour les morceaux qui nécessitaient des prises ensemble et pour garder le feeling du jeu live.

Comment décririez-vous un concert de Strange Enquête à quelqu’un qui ne vous a jamais vu ?

Il y deux formules depuis peu. Mais Strange Enquête en duo, c’est un rendez vous sous une enseigne d’hôtel entre un chanteur parolier et un contrebassiste qui sample en direct sur une pédale de loop. Dessus, la voix raconte des histoires, des anecdotes à chutes, des portraits en s’impliquant émotionnellement dans les personnages. On sourit. On flippe. On tape des mains. On écoute et on rêve. Pour Strange Quartet (Strange Enquête à 4), il s’agit dans un combo basse/batterie/guitare/voix, d’un projet entêtant, cinglant et jouissif qui reprend les titres de Strange Enquête de ces dernières années (deux albums + deux EPs) dans une ambiance à mi-chemin entre le blues africain, le hip hop et la chanson. On y comprend toujours les textes mais l’énergie est plus brûlante.

Strange Enquête est-il un groupe politique ?

Strange Enquête n’a pas d’étiquette politique. Par contre, nous faisons partie de la vie de la cité parce que nous l’observons, nous nous servons de cette vie pour créer et renvoyer à cette même cité, des chansons et des musiques, tirées du feeling qu’elle nous inspire…Nous essayons d’écouter cette « cité ». Nous sommes ravis (ou fous) de croire que cette dernière nous écoute aussi. Que ça la fasse rire ou pas, c’est autre chose…

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